La viande d'herbe

« 100 % herbe » n'est pas un label : c'est une pratique d'élevage, qui se vérifie en posant des questions. Voici lesquelles.

Côte de bœuf persillée

Existe-t-il un label « nourri à l'herbe » ou « 100 % herbe » ?

Non. Le code rural et de la pêche maritime énumère limitativement les modes de valorisation d'un produit agricole : les signes d'identification de la qualité et de l'origine — label rouge, appellation d'origine, indication géographique, spécialité traditionnelle garantie, mention « agriculture biologique » — les mentions valorisantes — « montagne », le qualificatif « fermier » ou les mentions « produit de la ferme » et « produit à la ferme », « produit de montagne », les termes « produits pays », la mention « issus d'une exploitation de haute valeur environnementale » — et la démarche de certification de conformité des produits. Aucun de ces signes ni de ces mentions ne porte sur l'alimentation à l'herbe. « Nourri à l'herbe » et « 100 % herbe » ne sont donc pas des mentions officielles : ce sont des affirmations de vendeur, que rien ne certifie par elles-mêmes.

Y a-t-il quand même un texte qui chiffre l'herbe ?

Oui, mais seulement pour les viandes qui s'y engagent. Dans une démarche de certification de conformité, l'arrêté du 19 décembre 2012 prévoit qu'une caractéristique certifiée puisse porter sur le fait que les animaux ont été nourris à l'herbe ou aux fourrages produits sur l'exploitation, à condition qu'au moins 90 % des fourrages en quantité de matière sèche et plus de 50 % des aliments complémentaires proviennent de l'exploitation. Ce seuil de 90 % ne vaut que pour les viandes engagées dans une certification de conformité : il n'encadre en rien l'usage courant du mot « herbe » sur l'étal d'une boucherie.

Que garantit le label rouge sur le pâturage ?

Pas une alimentation à l'herbe, mais une durée de pâturage chiffrée et une autonomie alimentaire. Les conditions de production communes du label rouge « Gros bovins de boucherie », fixées par l'arrêté du 18 mars 2024, imposent une durée minimale de pâturage de cinq mois par an hors année de finition ; un élevage respectant les cycles traditionnels d'alternance entre pâture et stabulation pendant toute sa durée, soit deux cycles annuels pour un bovin de 28 mois ; en moyenne annuelle 0,30 hectare de prairie par UGB, avec un chargement maximum de 4 UGB par hectare de surface fourragère principale ; 80 % de l'alimentation du troupeau, pâturage compris, en provenance de l'exploitation ; et une alimentation sans OGM (moins de 0,9 %). S'y ajoutent un âge minimum de 28 mois, et aucun traitement antibiotique durant les quatre derniers mois de la vie de l'animal.

Qu'est-ce que la finition d'un bovin ?

La finition désigne les trois derniers mois de la vie de l'animal. C'est une étape distincte de l'élevage : dans les conditions de production communes du label rouge, elle a sa propre rubrique, séparée de celle qui traite du lien au sol en phase d'élevage, et elle se fait dans tous les cas chez l'éleveur détenteur. C'est aussi la période que les exigences de pâturage ne couvrent pas : les cinq mois de pâturage annuels du label rouge sont explicitement posés hors année de finition. Ce que doit contenir la ration de finition — de l'herbe, du grain, pendant combien de temps — n'est pas fixé par ces conditions communes ; cela relève des cahiers des charges particuliers de chaque label. C'est donc une question à poser à l'éleveur, pas une information que l'étiquette donnera.

Qu'est-ce que l'étiquette d'un morceau de bœuf est obligée d'indiquer ?

Des pays et des numéros, jamais une alimentation. Le règlement (CE) n° 1760/2000 impose de faire figurer un numéro ou code de référence assurant la relation entre la viande et l'animal, le numéro d'agrément et le pays de l'abattoir sous la forme « Lieu d'abattage », ceux de l'atelier de découpage sous la forme « Lieu de découpage », ainsi que le pays de naissance, le ou les pays d'engraissement et le pays d'abattage — quand ces trois pays sont le même, la mention peut se réduire à « Origine : France ». Pour la viande hachée s'ajoutent la mention « Élaboré » suivie du pays d'élaboration, et « Origine » lorsque les pays diffèrent. Aucune de ces mentions obligatoires ne porte sur ce que l'animal a mangé : l'étiquette dit d'où vient la bête, pas comment elle a été nourrie.

Qu'est-ce qui encadre la mention « nourri à l'herbe » sur un étal ?

Hors certification de conformité et hors cahier des charges d'un label, rien qui lui soit propre : aucun texte trouvé ne définit « nourri à l'herbe » pour l'ensemble des viandes bovines. Il reste l'obligation générale de loyauté du règlement (UE) n° 1169/2011, dont l'article 7 exige que « les informations sur les denrées alimentaires sont précises, claires et aisément compréhensibles par les consommateurs » et interdit de leur attribuer des propriétés de prévention, de traitement ou de guérison d'une maladie humaine. Une enquête de la DGCCRF publiée en 2016 relevait 31 % d'anomalies et constatait des infractions sur les allégations de race, d'origine locale et de catégorie, ainsi que l'utilisation injustifiée de signes de qualité ; elle notait que les allégations « fermier » et « circuit court » sont de plus en plus utilisées.

Comment vérifier soi-même qu'une viande vient de l'herbe ?

En posant les questions auxquelles l'étiquette ne répond pas, directement à l'éleveur. Combien de mois par an les bêtes sont-elles au pâturage ? Quelle part de leur alimentation vient de la ferme ? Que mangent-elles pendant les trois derniers mois, la finition ? À quel âge sont-elles abattues ? Ces quatre questions sont exactement celles que les conditions de production communes du label rouge « Gros bovins de boucherie » chiffrent — cinq mois de pâturage par an hors finition, 80 % d'autonomie alimentaire, 28 mois d'âge minimum — ce qui donne un point de comparaison même quand la ferme n'est engagée dans aucun label. Personne n'est mieux placé qu'un éleveur pour répondre sur son propre troupeau, et une réponse précise en vaut cent imprimées.

Où en trouver

L'élevage à l'herbe de ces fermes est documenté par une source publique, indiquée sur chaque fiche.

Ces établissements vendent du bœuf. Rien, dans les sources consultées, ne documente l'alimentation des bêtes.

Sources

Vérifié le 31 juillet 2026.